Femme militaire, couple de militaires

Femme militaire, couple de militaires

« S'instruire pour séduire »... Au-delà de sa boutade malicieuse et de ses yeux rieurs, la formule n'est pas tout à fait dénuée de sens.

En début de carrière, jeunes et volontaires, filles et garçons se lancent dans l'aventure. Au fil des semaines, des mois de formation, d'activités diurnes et nocturnes, dans toutes les dimensions, dans l'appropriation des traditions, émerge la cohésion. Et même une certaine proximité... le corps à corps évolue vers le cœur à cœur ! De ces idylles naissantes peuvent se matérialiser de possibles unions, étrange perspective de devenir à la fois militaire et femme de militaire. L'enthousiasme débordant des débuts peut minimiser les difficultés à venir : différences de spécialité, d'armes, d'armée, de perspectives de carrière, d'affectation...

L'amour rend aveugle, le temps rend lucide. Si être ensemble dans la même garnison - après une scolarité séparée plus ou moins longue – relève déjà de l'exploit, avoir des emplois du temps compatibles avec une vie familiale relève de la gageure. Comme n'importe quel couple, les militaires envisagent un jour d'avoir des enfants. Le mot est lâché... maternité ! Hantise des uns, phobie des autres... La posture du chef face à son subordonné dans cet état est à l'image de la nature humaine : très diversifiée !

Subitement le soldat, asexué au mieux, masculin dans la normalité, se trouve pourvu d'un genre incongru : féminin. Nous voilà subitement ostracisés, caillou dans la chaussure, grain de sable qui va gripper un rouage et par le jeu des mécanismes, perturber le fonctionnement de tout un système.

Au fil des mois, les rondeurs se dessinent et un jour arrive où l'uniforme devient trop petit. L'évènement aura été anticipé, avec sa demande règlementaire de port de la tenue civile. Toute la hiérarchie aura dit oui, jusqu'au Saint Père en personne. Une acceptation certes, mais peut-être pas une bénédiction ! Dans nos habits civils de grossesse, notre marginalité n'en devient que plus visible, évidente. Elle précède notre disparition – certes provisoire -, préambule d'une rupture plus définitive. Rien ne sera plus comment avant.

Il arrive que la rupture soit, dans les conditions optimales, suivie d'une réconciliation. Conditions nombreuses, diverses et cumulatives :
- physiques (retrouver sa ligne, sa condition physique et ses aptitudes médicales quelques mois après un accouchement)
- psychologiques (pas de baby blues, motivation professionnelle intacte)
-- et environnementales (un mode de garde approprié pour un coût raisonnable, de la famille à proximité qui soit au même niveau de disponibilité que vous devez être, soit 24 h/ 24 et 365 jours par an, pour vous suppléer)

Elle peut, hélas, sonner également le glas de la carrière toute entière.

Chronique d'une mort annoncée¹

Pour peu que votre bébé soit un peu malade, qu'il faille régulièrement vous absenter pour l'amener consulter le pédiatre, le soigner. Que les services et contraintes opérationnelles diverses auxquels votre conjoint et vous même êtes soumis surviennent simultanément, la situation devient ingérable.

La bombe est amorcée, vous ne pouvez qu'apprécier la durée du retardement. Et, en bon artificier, aménager le périmètre de sécurité pour limiter les dégâts, être prêt au moment de l'explosion.

Les faits sont là, implacables : le TA est sorti, vous n'y figurez pas. Depuis votre retour de congé maternité vous circulez de service en service, patate chaude... Votre chef vous signifie sans détour sa perception de votre moindre attachement à l'Institution lors de l'entretien annuel. Vos notes vont dans le même sens, la sanction s'abat comme la lame de l'illustre invention du docteur Guillotin. Le message est limpide, un brin brutal, violent. Il va falloir penser reconversion entre deux biberons, avec le joker congé parental pour se laisser le temps de la réflexion.

Partir en gardant le meilleur, avancer avec confiance dans cette nouvelle étape de sa vie, entourée de ses enfants, trésors les plus précieux, manifestations concrètes de la vie elle-même, si précieuse et merveilleuse après avoir côtoyé la mort trop souvent.

Partir pour permettre au conjoint masculin de poursuivre sa carrière, le remplacer au foyer, le suivre dans ses mutations... N'être plus femme militaire mais seulement femme de militaire. Femme, épouse et mère... aventure de toute une vie.

¹Référence à la conversation sur le thème des couples militaires avec Alain Richard, Ministre de la Défense, Hôtel de Brienne – avril 2002

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